Pour une nouvelle ruralité : le champ des possibles

Retrouvez en intégralité l’édito de Dominique Potier dans l’hebdo de Communes de France

10 juillet 2015

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Aujourd’hui coexistent dans nos esprits deux visions du monde rural. À la veille d’un nouvel acte de la décentralisation, nous devons renouveler notre regard pour inventer une nouvelle ruralité.

Pour les uns, l’espace rural doit rompre avec la croissance démographique qui a caractérisé ces dernières décennies. Cette croissance est un leurre car elle est alimentée aux trois quarts par l’étalement urbain. Dit autrement, les “nouveaux habitants” sont d’abord des personnes qui font un pas de côté à la fois par choix d’un mode vie, “une parcelle d’autonomie”, et par la contrainte du coût de l’habitat dans les centres où ils travaillent. Pour les autres, la poursuite de la croissance démographique est le mouvement “naturel” de l’espace rural, la marque de sa vitalité. Elle alimente le cycle vertueux qui, selon les cas, maintient ou développe les services utiles à une bonne qualité de vie des habitants. Arrêter ce mouvement, c’est ouvrir le spectre de la désertification.

Ces deux discours puisent des arguments dans des réalités extrêmement contrastées mais au-delà des contextes, notre cœur balance parce que nous pressentons deux écueils. Écueil de la poursuite d’un urbanisme de la demande qui “artificialise” les sols et masque le coût des réseaux et de la mobilité. Écueil également d’une société qui, fascinée par le “fait urbain”, semble oublier que le maintien des fonctions vitales du monde rural ne résiste pas au retrait de ses forces vives. Une troisième voie est possible ! Elle concilie l’urgente obligation de préserver les biens communs – ressources naturelles et moyens publics – et celle de renouveler les générations rurales.

Trois actes pour cette renaissance : une nouvelle planification, d’authentiques péréquations et de l’innovation publique dans les relations villes-campagnes.

En ce début de XXIe siècle, un changement de paradigme s’impose. L’image de l’arbre peut nous y aider. Vu du ciel, racines et feuillages sont au même plan, illustrant le maillage français dans sa diversité. Le tronc est le symbole de la ville moderne par sa densité et sa fonction structurante. Les espaces ruraux en sont les indispensables racines : eau, air, énergie, alimentation… Les branches illustrent le maillage de l’urbanité rurale. Un territoire d’avenir est comme un arbre dont le tronc et le branchage sont équilibrés. Un arbre où la sève circule bien, des racines jusqu’aux feuilles. Cela suppose quelques bonnes tailles et… un juste partage des fruits !

L’équilibre entre la “vie moderne” et un écosystème durable passe par un nouveau pacte d’aménagement du territoire. Il doit contribuer à réduire les fractures géographiques qui, ajoutées aux inégalités sociales, fragilisent la citoyenneté et par là même la promesse républicaine.