Congrès de Poitiers : intervention de Sylvine Thomassin

Retrouvez l’intervention de Sylvine Thomassin préparée pour le Congrès de Poitiers.

6 juin 2015

Mes cher-e-s camarades,

Je suis Maire de Bondy, ville populaire de 54 000 habitants en Seine-Saint-Denis, Ville qui fait vivre le socialisme du quotidien depuis 70 ans, au cœur de la SSD, et qui a tenu bon lors des dernières municipales.

Il y a néanmoins une autre ville à proximité de Bondy qui a aussi bien résisté et cela a le mérite d’être souligné, c’est Clichy-sous-Bois, et je salue son Maire Olivier Klein qui continue la route tracée par son prédécesseur Claude Dilain. Claude préférait au « Vivre-ensemble » le concept de l’ « entre-nous-tous » qui peut trouver sens et réenchantement dans la notion du « Care », ou de « société de l’émancipation » défendue par Martine Aubry et qui est la marque de fabrique du socialisme.

L’Education, l’Ecole est notre premier outil pour lutter contre cette société qui n’est plus qu’une mosaïque d’univers différents qui s’éloignent les uns des autres.

Cet « entre nous tous » de Claude Dilain, ce « tous ensemble » de Claude Bartolone, cette réconciliation que nous voulons nous tous socialistes, commence par l’école, et à l’école. L’éducation c’est le projet numéro 1 des socialistes. L’Education doit en effet être le premier sujet, le premier projet et le premier budget. Quand une Motion l’affirme je signe des deux mains.

Sage-femme pendant 25 ans, je sais que j’ai mis les enfants au monde tous égaux.
Ma révolte de socialiste, c’est de les voir arriver à l’école maternelle, suivant les catégories sociales, avec un différentiel de vocabulaire de 1 à 3, un fossé que l’école ne réduira jamais.. C’est un constat qui devrait nous donner envie de renverser la table et que chaque jour, chaque nuit, soit un 4 août.

Claude Bartolone a eu raison de rendre hommage à NVB ce matin. Il faut du courage politique dans une société ou l’agenda médiatique commande trop souvent l’agenda politique, il en faut du courage et des convictions pour prendre des mesures fondamentales car nous ne mesurerons les bienfaits de nos décisions que dans quelques années. Avec les socialistes, l’éducation nationale est redevenue le premier budget de l’État. Après 10 ans de pilonnage de l’éducation, les enseignants sont à nouveau formés, ils sont recrutés en masse.

Et le collège, maillon faible de notre école, va être réformé afin de ne plus être l’étape qui trie et qui exclut. Bravo Najat, tiens bon, au-delà des socialistes, le peuple de gauche en France est avec toi : l’égalité n’est pas l’ennemie de l’excellence, elle est la condition pour que chacun puisse y accéder ! Quand j’entends les opposants à la réforme du collège qui est plus que jamais vitale, j’ai envie de reprendre les mots de Daniel Pennac qui dit que « regretter en 2015 les programmes des années 1960, c’est tout bonnement regretter d’avoir vieilli ! ». La refondation de l’école porte en elle un véritable enjeu d’égalité territoriale. Elle est plus nécessaire encore dans nos villes populaires qu’ailleurs.

Je prends par exemple les rythmes scolaires : le temps passé en dehors de l’école a partie liée avec le rapport de l’enfant avec les apprentissages scolaires… Je vous donne un exemple concret, dans ma ville, alors qu’il y a encore deux ans 80 % des enfants n’avaient pas accès au sport ou à la culture, aujourd’hui 83% des enfants scolarisés en maternelle sont inscrits sur les temps d’activités périscolaires et ce taux atteint 91% en élémentaire. Et entre nous, je ne peux m’empêcher de constater que les quelques parents et enseignants qui critiquent nos efforts sont aussi ceux qui n’ont aucune difficulté pour inscrire leurs enfants à une quelconque activité culturelle ou sportive.

Alors mes cher-e-s camarades, nous sommes sur la bonne voie, et il faut continuer. Mais les dégâts à réparer sont importants, n’oublions pas qu’1,2 millions d’enfants et d’adolescents vivent sous le seuil de pauvreté.

C’est pourquoi, refonder l’école ne peut se faire sans une accélération en parallèle des réformes sociales que nous attendons tous ces deux prochaines années, pour plus de pouvoir d’achat, pour que nos concitoyens trouvent du boulot, tout simplement. Et je souhaite, comme un certain nombre parmi nous, que cela soit l’objectif n°1 de la deuxième phase du quinquennat. C’est une obligation : la justice sociale doit être palpable, la redistribution plus forte.

Mais la lutte contre l’échec scolaire est aussi une question de pédagogie. Les exemples positifs d’innovations pédagogiques à travers le territoire sont nombreux. Ils doivent être soutenus, mis en valeur tant qu’ils tissent les mailles de la bienveillance envers les élèves et non pas du découragement et de la sanction.

Bravo à Daniel Pennac qui dit que la priorité est de s’attaquer à la peur de certains élèves, ces élèves qui ont peur de ne pas comprendre, peur de ne pas répondre juste, peur d’avoir une mauvaise note, peur de passer pour des crétins. La peur de l’élève gangrène tout. Elle engendre la honte qui produit le retrait sur soi ou la violence sur l’autre, sur le bon élève ou sur le professeur. Elle devient très vite la peur du professeur lui-même, la peur des parents quant à l’avenir de leur enfant etc. La peur est chez tous un facteur pernicieux de perte du réel. Il faut dédramatiser l’ignorance pour ouvrir grandes les portes à la connaissance.

Enfin, faisons du commun : comment être crédible sur le concept creux de vivre-ensemble si les enfants ne sont pas scolarisés ensemble ? Et décloisonnons l’école, entre les personnels de l’Éducation nationale et les acteurs de la commune ou du quartier de l’école. C’est ce que nous avons commencé à faire avec la mise en place des temps d’activités péri scolaires.

La République se doit d’être à nouveau riche de sa diversité, fière de favoriser l’égalité, la bienveillance et la réussite éducative de ses enfants. Oui, croyons en la jeunesse de nos quartiers populaires, en tous nos enfants, ils le rendront à notre pays au centuple.